Quand le créateur d’une entreprise refuse de passer le relais au repreneur alors que son profil n’est plus adapté au développement de l’entreprise. C’est le thème du témoignage d’Antoine Barba que je poste aujourd’hui. Il met en lumière la difficulté qu’éprouvent parfois les créateurs d’entreprises à passer la main, ce qui a conduit dans le cas qu’il présente à la fermeture d’entreprises dont il avait aidé le démarrage. Je le remercie d’avoir bien voulu témoigner de ce sujet difficile.
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A plusieurs reprises, j’ai supporté les projets d’entrepreneurs qui souhaitaient se lancer en les soutenant financièrement, un peu à la manière d’un business angel, car je trouvais que ces personnes et leurs idées méritaient un tel support.
Plusieurs ont réussi et leurs succès font rêver, quelques-uns, après un beau démarrage, ont vu leurs entreprises disparaître. Ces fins difficiles dont personne ne parle ne sont pas honteuses. Elles n’enlèvent rien au mérite et aux qualités des entrepreneurs, eux qui un jour ont eu l’audace d’oser, de se lancer et d’entreprendre
En 1992, un ami a l’idée de créer une entreprise d’export de matériel informatique en Afrique. A l’époque on ne s’intéressait pas à l’Afrique, dont on parle tant aujourd’hui. Je décide le supporter dans son projet et son entreprise naît la même année. Je l’aide durant les tous premiers mois de l’activité à se lancer en m’impliquant beaucoup. Travaillant dans un autre domaine, mon support a été essentiellement une aide au financement d’une partie du besoin de fond de roulement, aide dont toute entreprise a besoin quand elle est en croissance forte et que les banques, très timides vis à vis des jeunes entreprises, refusent d’apporter.
Le suivant de loin, je suis très heureux de constater qu’au bout de 3 ans, il semble avoir gagné son pari:
Le succès est au rendez-vous. Très actif et présent sur le terrain, à l’écoute de ses clients, il a réussi à constituer un solide réseau de distribution lui permettant d’exporter dans la majeure partie des pays d’Afrique francophone et dans les DOM-TOM.
Dès la fin de la troisième année, il reçoit plusieurs propositions de rachats. Mais pour lui, cette entreprise est clairement « l’entreprise de sa vie ». Il n’est pas prêt à perdre tout ou partie du contrôle en cédant tout ou partie du capital. Les propositions furent alors écartées arguant que les prix proposés étaient trop faibles. L’année suivante les propositions de rachat qu’on lui faisait étaient nettement moins attractive, le rythme de croissance s’étant légèrement ralenti. Il faudra attendre cinq ans et le début des années 2000 pour que l’entreprise retrouve aux yeux des investisseurs éventuels une valorisation financière correcte.
Durant ces 5 années, mon ami entrepreneur créateur et son équipe avaient su montrer que l’entreprise était durable. Leur façon d’agir séduit de grands constructeurs qui n’hésitaient pas à s’appuyer sur eux pour distribuer leurs produits vers et sur ces marchés pas toujours faciles. La consécration arrive avec la conclusion d’un accord «informel» de distribution exclusive d’Apple sur les DOM TOM par l’intermédiaire d’un de ses grossistes français.
Cet accord, connu de tous dans le réseau, booste l’entreprise, non seulement en volume d’activité mais aussi en attrait pour des investisseurs externes. Un investisseur externe entre alors en contact avec mon ami dans le but d’entrer dans le capital et de s’associer aux commandes de l’entreprise. Associé non actif, je signifie que je suis très favorable à cette proposition qui permettra de trouver « enfin » un associé actif et de redonner le nouveau souffle dont le gérant créateur commence à avoir besoin. Je suis prêt à céder mes parts mais tout en signifiant mon point de vue, j’annonce que je respecterai la décision de mon ami car c’est surtout et avant tout son entreprise.
Une fois encore il trouve que le montant proposé est trop faible. A ce moment-là que, selon moi, il commet l’erreur qui le conduira à la fermeture de l’entreprise. L’entreprise était entrée dans un nouveau cycle de vie et n’était plus en phase de création, les tâches de gestion, de management et les restructurations, réorientations nécessitaient un profil différent. En refusant à nouveau de passer la main, le créateur qu’il était s’est usé à une tâche qui, l’histoire l’a malheureusement montrée, ne lui correspondait plus forcément. N’arrivant pas à passer par lui même à la vitesse supérieure, il s’est épuisé, a commencé à se désintéresser de son business et est tombé malade. Ceci a été fatal à l’entreprise. Cette histoire est malheureusement courante.
Ma conclusion:
J’ai beaucoup admiré ce qu’il avait fait, et je crois que les créateurs d’entreprises méritent beaucoup de respect. Ils montrent en effet l’exemple en se jettant à l’eau, en ouvrant des voies que d’autres emprunteront et suivront. Tout le monde n’est pas capable d’entreprendre, mais une fois la phase de démarrage passée, de nombreux créateurs gagneraient à se faire assister épauler, voir à passer la main pour gérer le développement de leur entreprise.
Selon moi, il existe des profils distincts qui se cotoient, se complètent, selon les étapes de la vie de l’entreprise, c’est plus un profil qu’un autre qui semble être nécessaire:
Il est très difficile de savoir passer le relais lorsqu’on commence à sentir qu’on va stagner, qu’on risque de ne plus progresser. Je connais peu de créateurs qui commençant à sentir leurs limites, aient su facilement faire cette démarche pleine de sagesse et préparé une transition en douceur donnant un nouveau souffle à leur entreprise.
Savoir initialiser tôt le passage de relais et parfois transférer progressivement de contrôle de son entreprise, de son bébé, n’est pas un échec. Bien au contraire, il s’agit de la reconnaissance de la réussite de sa mission
"Tout commence quand la reprise est signée"
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