Tribune libre d'Adrien Bosom, fondateur d'ABO Solutions et bloggeur
Entrepreneur engagé en faveur du développement durable et bloggeur, j’ai créé en 2006 une entreprise de conseil et gestion de projets en développement durable. Je tiens également un blog sur le thème de l’entreprenariat depuis décembre 2006.
Je remercie tout d’abord Pascal de m’avoir proposé de faire partie de ses contributeurs.
Intervenant dans la rubrique « Tribune libre » de son blog, je m’attellerai particulièrement à poster des billets concernant le lien entre développement durable et reprise/transmission d’entreprise ainsi que l’approche de la création ou de la reprise pour et par un jeune entrepreneur.
À l’heure du Grenelle de l’environnement (réglementation) et du développement durable (prise de conscience), quels vont êtres les impacts de ce changement majeur de l’économie pour la création et la reprise d’entreprises ? Cette évolution vers un marché et des entreprises responsables amène avec elle des changements importants dans la façon d’Entreprendre.
L’entrepreneur d’aujourd’hui ne peut plus uniquement se baser sur des valeurs chiffrées et doit intégrer dans son analyse l’Environnement de sa structure.
Deux impacts majeurs
Le premier en termes de Valeur.
Encore aujourd’hui de trop nombreuses reprises d’entreprises se font sans tenir compte des facteurs environnementaux et sociaux lors de l’évaluation. Sont étudiés les aspects financiers, patrimoniaux, juridiques etc. mais pas les investissements environnementaux ou le turn-over par exemple, aspects pourtant d’avenir d’autant plus importants que, rappelons-le, lors d’un rachat d’entreprise, c’est avant tout le futur de l’entreprise que l’on acquiert.
À ce titre, nous sommes en droit de nous poser la question suivante : en quoi les bilans des 5 dernières années permettent-ils de mieux déterminer ceux des 5 futures en comparaison de l’anticipation et de l’investissement en développement durable ?
Les évaluations d’entreprises lors de fusions/acquisitions, transmissions ou reprises vont de plus en plus tenir compte du développement durable, aspect dont l’importance est grandissante et qui deviendra dans les prochaines années l’un des aspects de références au même titre que les éléments financiers par exemple. Et de nombreuses entreprises n’ayant pas pris en compte ce facteur seront dévaluées de façon plutôt radicale.
Une entreprise peut dégager des centaines de milliers d’euros de résultats, si celle-ci pollue son sol depuis une quinzaine d’années ou n’a aucunement anticipé la réglementation environnementale, cela m’étonnerait fort qu’elle vaille à terme quelque chose à la revente, ne serait-ce qu’au regard des coûts de dépollution.
Exemple d’impact direct :
Terrain industriel de 7 500 M2 anciennement concessionnaire et réparation automobile (2 fosses, un atelier d’emballage et une buanderie industrielle).
Objet :
Rachat du terrain dans le sud-est de Paris par la municipalité dans le cadre de son PLU (Plan Local d’Urbanisme) 2005-2030.
Valorisation initiale :
1 000 € du M2 soit 7 500 000 €
Coûts Environnementaux :
Identification du type de pollution des sols et mis en décharge classe I des terres polluées. Ce qui engendre une immobilisation des terrains pendant 5 ans, estimée à 1 875 000 € ainsi qu’une évacuation des terres polluées, estimée à 2 250 000 €.
Valeur finale du terrain : 3 375 000 €
Exemple tiré des Indicateurs Financiers du Développement Durable de Paul de Backer aux éditions d’organisation.
Le second impact est un frein supplémentaire à la reprise
Le nombre d’entreprises à reprendre va exploser dans les dix à vingt prochaines années (500 000 dont plus de 50% de PMI selon le CRA).
En plus des freins sociologiques ou culturels (plus les mêmes aspirations pour les jeunes d’aujourd’hui et ceux d’il y a 40 ans), des freins liés aux différents savoir faire qui se perdent, pourtant indispensables pour la reprise de bon nombre d’entreprises, vient s’ajouter le frein du passif environnemental. Lors d’une reprise d’entreprise, le repreneur « récupère » un passé avec lequel il doit dessiner un avenir. Il est l’héritier d’un travail (bien ou mal fait, à lui d’en juger), qu’il doit s’approprier. Mais il y a 30 ans, la conception de la production ne se préoccupait que rarement de l’environnement. Que seront les bilans environnementaux de ces entreprises lors de leur transmission ?
Difficile et risqué sur le plan stratégique de reprendre dans ces conditions une entreprise dont le bilan environnemental des quinze dernières années est désastreux. Ce qui dans l’industrie par exemple ne doit pas être si rare.
De fait, les repreneurs seront des repreneurs attentifs à ces sujets et responsables. Ils auront tendance à s’orienter vers des structures dont le comportement social et environnemental aura été pris en compte en amont et évalué, disposant d’un passé respectable, mais surtout d’un avenir prometteur, et cela au détriment des entreprises irrespectueuses.
Il en ira de l’image, de la valeur et du développement de l’entreprise rachetée, c’est incontournable.
"Tout commence quand la reprise est signée"
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